dimanche 3 avril 2011

samedi 26 février 2011

Les guerres low cost : le résumé

A la suite de demandes de nos lecteurs, nous avons décidé de mettre en ligne les résumés des articles publiés dans Les guerres low cost. Ceci pourra vous donner une première idée de l'ouvrage toujours en vente dans les bonnes librairies et les sites de vente en ligne.


Gammes de la guerre et valeur militaire
Olivier Kempf
Maître de conférences à Sciences Po Paris. Conseiller éditorial de la Revue de Défense Nationale
La guerre contemporaine a suscité de nombreuses analyses :guerre asymétrique, guerre irrégulière, COIN. A chaque fois, le discours est resté dans une perspective strictement stratégique. Cet article se propose d’utiliser des outils d’analyse économique (gammes, facteurs de production, producteur et client, image de marque, maîtrise des coûts) pour reconsidérer ces conditions contemporaines de la guerre. On comprend alors que la notion de haut de gamme (la guerre occidentale) serait concurrencée par une guerre qui n’est pas simplement « bas de gamme », mais low cost : si elle utilise différemment le facteur travail, elle utiliserait des technologies avancées.
Surtout, le produit est plus complexe que la simple combinaison du travail (les soldats) et du capital (la technologie). En effet, l’unité de valeur n’est pas seulement financière : si on paye en dollars ou en euros, on paye aussi en blessés et en morts, mais aussi en perception, chose essentielle en ces
temps de communication mondialisée.

La guerre des coûts
Guillaume Grandvent
Membre d’Alliance géostratégique
Les guerres contemporaines sont de plus en plus conditionnées par la gestion des coûts qu’elles engendrent, qu’ils soient d’ordre humain, matériel, financier ou informationnel. Ces coûts sont liés par de nombreuses interactions qui rendent leur maîtrise plus difficile, comme l’illustrent plusieurs exemples tirés des conflits en cours. Les opérations militaires se voient imposer un impératif de cohérence, afin d’atteindre un relatif équilibre des coûts et tenter de le maintenir.

La maîtrise du coût médiatique de la guerre dans un contexte asymétrique
Jean Pujol
Consultant en management, Animateur du site Mon Blog Défense

Le coût de la guerre est principalement perçu par l’opinion publique occidentale au travers du prisme déformant médiatique, marqué par la course à l’image et la montée en puissance du Web social. Il expose la population à un véritable « bombardement informationnel » et est également devenu un champ de bataille entre forces conventionnelles et insurgés, où l’asymétrie joue à plein. L’obsession communicationnelle recèle cependant des menaces à ne pas sous-estimer.

Vers la privatisation de la Défense
Romain Mielcarek
Journaliste spécialisé dans les questions de Défense et de relations internationales. Animateur d’Actu Défense
Hier, ils étaient mercenaires. Aujourd’hui ils sont contractants. Le recours au privé a remporté un franc succès aux Etats-Unis où des entreprises civiles s’attaquent à des marchés militaires toujours plus variés : logistique, sécurité, gardiennage, renseignement, entretien ou formation.

En France, on hésite encore, mais l’évolution passe pour indispensable et pas toujours sans conséquences.

Les Réserves : un moyen d’atteindre des armées low-cost ?
Victor Fèvre
Etudiant à Sciences Po Paris. Blog RDO
Cet article montre que les réserves sont un moyen efficace – et efficient – d’optimiser l’effort de défense d’une nation à moindre coût, si l’on veut éviter d’augmenter trop le nombre de militaires d’active. Les réservistes sont en quelque sorte une armée low-cost, employés lors de pics de charge ou pour des spécialités, mais le risque de leur gestion est de vouloir trop économiser et donc de perdre leur plus-value, pas toujours quantifiable: rayonnement et recrutement.

Subir ou ne pas subir, telle est la question…
Florent Robert de Saint Victor
Étudiant à l’École de Guerre Économique. Rédacteur du blog d’analyse Mars Attaque
Alors que la guerre demeure une activité humaine couteuse, la recherché de modèles permettant de réaliser des économies devient l’obsession des armées occidentales. Le possible fatalisme causé par un accroissement constant des dépenses et le succès d’adversaires menant des guerres low-cost oblige à s’interroger sur la manière de penser ces opérations en termes économiques.

La guerre de l’Homme et du Robot
Charles Bwele
Analyste en technostratégie. Designer multimédia (web, PAO, 3D, vidéo). Consultant en technologies de l’information. Auteur du blog Électrosphère
Les drones aériens coûtent beaucoup moins chers que les avions de combat et sonnent peut-être la fin de l’aviation de chasse telle que nous la connaissions depuis la seconde guerre mondiale. Toutefois, leur usage croissant bouleverse une certaine conception de la guerre et soulève de multiples questions techniques, politiques et philosophiques.

Réduire le coût de la guerre : « nouvelles » alliances, « nouvelles » tactiques
Stéphane Dossé
Breveté de l’enseignement militaire supérieur, Titulaire d’un master de Droit en défense et sécurité internationale.
La guerre au sein des populations est certainement un des « symptômes » d’un déclin temporaire mondial du concept d’Etat et de la guerre interétatique. Une évolution des organisations politiques et des ressources financières des Etats implique un changement dans la manière de faire la guerre. Personne ne peut vraiment savoir quel sera le visage de la guerre durant les prochaines décennies même si, dans les prochaines années, les menaces hybrides pourraient entraîner de nouveaux types d’opérations.

mercredi 23 février 2011

Guerres low cost : petit follow up à mon article sur le coût médiatique

Quelques évènements survenus depuis la fin mars 2010, période à laquelle j'ai écrit ma contribution "La maîtrise du coût médiatique de la guerre dans un contexte asymétrique" à l'ouvrage collectif de l'Alliance Géostratégique Les guerres low-cost, et que j'aurais bien mentionnés :
  • l' "affaire Wikileaks", avec la révélation depuis l'été dernier de milliers de câbles diplomatiques américains (Wikileaks est cependant évoqué dans mon article) ; qui a pour le moment eu un impact relativement limité sur l'opinion (lassitude oblige ?) au regard de ce que certains prédisaient, même si elle fait de façon quasi continue les choux gras des médias et de la blogosphère
  • les révolutions actuelles dans le monde arabe, même si elles n'ont que peu de rapport avec la guerre, de par la place qu'y joue, au-delà des Facebook et Twitter (confirmant le rôle de transmission rapide de l'info évoquée dans mon article), la chaîne qatarienne Al-Jazeera
  • l'article "The case for calling them nitwits" de la RAND Corporation, qui propose une approche visant à démythifier et démystifier de façon crue le visage des terroristes islamistes vis-à-vis de l'opinion (Guerre asymétrique : ne pas surestimer l'adversaire)

Reminder : le Café Stratégique consacré aux guerres low-cost a lieu demain soir à 19h au café Le Concorde, 239 bd Saint-Germain à Paris !


mardi 22 février 2011

Cafés Stratégiques sur Les guerres low cost

Pour leur cinquième édition, les Cafés Stratégiques invitent Stéphane Dossé, sous la direction duquel a été rédigé le premier cahier d'AGS : Les guerres low cost. Il présentera les différentes notions abordées dans le livre et engagera le débat, accompagné de quelques co-auteurs, avec les participants. Stéphane Dossé a récemment repris le blog Lignes Stratégiques. L'objectif étant de partager des notes de lectures sur les ouvrages liés aux questions de défense et de sécurité. Stéphane Dossé est aussi secrétaire général du Club Participation et Progrès. Venez donc nombreux pour ce « CGS5 » qui se tiendra le jeudi 24 février 2011, 19h00, au Café le Concorde 239, boulevard Saint-Germain (Paris VIème, métro : Assemblée Nationale). Entrée libre.
Sur Facebook pour avoir les mises à jour. Pas de vente d'ouvrage sur place.

dimanche 20 février 2011

Trouvé dans une grande enseigne

Les guerres low cost exposé en bonne place dans une FNAC. 


Je profite de cette photo anecdotique pour demander, à ceux qui le souhaitent, de poster leur avis sur le livre, sur ce blog, les sites de vente en ligne ou d'autres sites.  Un grand merci.


vendredi 4 février 2011

Un article low cost sur les guerres low cost

En lien avec le thème du premier numéro des Cahiers AGS, "les guerres low cost", je livre ici quelques réflexions un peu en vrac et brut de décoffrage, abordées de plus ou moins près dans les articles de notre opus collectif.


1/ Certains l'ont déjà souligné, il peut paraître paradoxal de parler de guerre low cost alors que comme l'indiquent les chiffres du SIPRI, les budgets de défense et les ventes d'armements de par le monde sont en augmentation constante (y compris en tenant compte de l'inflation). Une première remarque : la défense ne se limite pas à la conduite de la guerre, même si, en prenant l'exemple de la France, l'on se restreint aux programmes "Préparation et emploi des forces" ou "Équipement des forces". Et inversement, les dépenses de guerre sortent largement du budget de la fonction défense (à qui, en tant que service public, il est demandé d'être efficace avant d'être efficiente).

2/ On voit ici apparaître, en chipotant un peu, la première tâche à accomplir : définir précisément ce que l'on appelle la guerre (définition juridique, opérationnelle...), ainsi que les différentes typologies de coûts que l'on souhaite traiter (humains, financiers, écologiques, politiques...). Une guerre low cost selon une dimension ne le sera peut-être pas selon les autres, et il est évident que celles-ci n'ont pas la même importance. Ainsi il sera plus cher (et long, et difficile opérationnellement, cf. certains conflits actuels) d'éviter au maximum toute victime collatérale que de bombarder tout azimut (en plus du fait que cela pourrait être contre-productif). Et puis tout le monde aura compris que l'on ne parle pas uniquement de réduire le coût pour son propre camp mais plutôt le coût complet de la guerre (le low cost a tendance à générer des externalités négatives).

3/ Lorsque la guerre est totale, l'essentiel n'est plus de réduire son coût, mais simplement de survivre. Pouvoir se poser la question du coût de la guerre, n'est-ce pas en soi un problème de "privilégié" ? Par contre dans l'autre sens, pas sûr que la question doive se poser dans les mêmes termes pour toutes les parties : selon que l'on est AQ ou la force conventionnelle d'un pays démocratique, on aura plus ou moins intérêt à ce que les victimes collatérales soient réduites.

4/ Le terme "low cost" a-t-il une acception absolue ? Historiquement, il s'est plutôt défini, dans le secteur du transport aérien notamment, relativement aux pratiques et aux niveaux de service existants : les acteurs low cost ont élagué le nice to have afin d'offrir à leurs clients ce que ceux-ci perçoivent comme le strict must have (quitte à facturer au prix fort l'optionnel). Mais le low cost d'aujourd'hui paraîtra peut-être excessivement élevé demain ou après-demain. Pourquoi est-ce important ? Tout simplement parce qu'il est une lapalissade de dire que la guerre est une activité éminemment coûteuse dans l'absolu. La réelle problématique consiste donc non pas à vendre une "guerre propre" ou "zéro mort" mais plutôt de réduire au maximum le coût nécessaire à l'atteinte d'un objectif donné. L'étalon semblant être, à tort ou à raison, la philosophie prévalant au milieu du XXème siècle, à l'époque du "combien de divisions ?".

5/ Y a-t-il un coût lorsque l'on est incapable de l'estimer ? Ou si l'on refuse de l'estimer ? Ou si on le cache ? L'article de P. Gian Gentile "les mythes de la contre-insurrection et leurs dangers : une vision critique de l'US Army" dans le dernier numéro de Sécurité Globale se veut la démonstration de l'opposition qui peut exister entre le storytelling et l'édification d'une "mythologie" à destination de l'opinion et la situation du terrain (cf. Lyautey et la conquête du Maroc). La vérité finit-elle toujours par triompher à notre époque hyperconnectée ? Dans le doute, mieux vaut mettre l'accent sur la perception de la réalité. Jouer sur la persuasion, tout autant que sur la conviction.

6/ Cost in the eye of the beholder. L'appréciation d'un coût va bien au-delà des simples chiffres et est forcément subjective. On voit, pour reprendre des termes en vogue, que la résilience des sociétés occidentales et européennes en particulier est moindre face aux pertes humaines (du moins en ce qui concerne leurs propres ressortissants) que dans d'autres parties du monde, peut-être plus "habituées" aux grandes catastrophes, épidémies, guerres...

7/ Je posais plus haut la question du périmètre du terme de "guerre". Un bon moyen de limiter son coût consiste tout simplement à réduire ce périmètre. Par des actions en amont, mixant hard et soft power (d'aucuns parlent de smart power), voire quelques opérations spéciales plus ou moins exposées médiatiquement et donc potentiellement maintenues hors du champ de la guerre.

8/ L'approche systémique et les cercles de Warden offrent une piste intéressante. Encore faut-il être capable d'identifier le centre de gravité de l'adversaire et d'être capable d'y porter un coup décisif. Comme le fait remarquer l'Armée de Terre dans sa doctrine, les guerres d'aujourd'hui nécessitent au moins pour tout ce qui est stabilisation-normalisation, en fort recouvrement avec l'intervention à proprement parler, une forte présence humaine sur le terrain, dans la durée. Y aura-t-il d'autres guerres du Kosovo pour illustrer de façon presque parfaite la notion de "coup au but décisif" ?

9/ Le mieux est l'ennemi du bien. Le système théoriquement le plus cohérent, le plus complet, automatisant le mieux la boucle OODA, permettant la meilleure situational awareness n'est pas forcément celui qui sur le terrain se révèlera le plus low cost... et le bilan ne sera pas forcément en sa faveur face à un système moins performant, mais énormément moins cher ? A quel endroit placer le curseur ? Où se situe la frontière du "coût marginal" supérieur à la valeur ajoutée de ce qu'il finance ? Les exemples de programmes issus de la RMA et de la Transformation abandonnés, tronqués ou enlisés (FCS, Transformation Satellite, JSF...) sont légion ; et pour qu'un équipement apporte de la valeur, il faut encore qu'il arrive jusqu'au terrain où il est censé opérer. Je ne sais plus qui expliquait qu'au train où vont les choses, même les États-Unis ne pourront s'offrir que quelques chasseurs d'ici quelques générations.

10/ Une piste à creuser, à contre-courant des tendances actuelles à l'hyper-technologisation voire même plus simplement à la modernisation, serait la rusticité retrouvée des équipements et des pratiques. Pas forcément/uniquement en s'inspirant des pratiques des insurgés, mais en appliquant cette rusticité à du matériel conventionnel : aéronefs (dont des drones), missiles...débarrassés du surplus électronique, peut-être moins précis mais en plus grand nombre...attention cependant à leur utilisation dans un contexte asymétrique.

11/ J'en ai déjà parlé, l'utilisation de technologies civiles (notamment dans l'électronique et le logiciel, qu'il s'agisse de COTS ou d'OSS), pour peu qu'elles obéissent aux contraintes spécifiques de l'utilisation militaire (conditions climatiques, réseaux ad hoc, sécurité...) permet une réduction du coût de possession, en évitant parfois de se lancer dans des programmes spécifiques dispendieux à l'issue hasardeuse (cf. les iPod de l'US Army), sans parler du temps nécessaire à leur mise en oeuvre. L'idée de l'USAF de bâtir des briques fonctionnelles de bas niveau, réutilisables et permettant de construire des matériels servant des objectifs variés va un peu dans ce sens car il s'agit ni plus ni moins de se doter d'un catalogue de COTS maison et d'éviter d'avoir à réinventer la roue chaque fois qu'un besoin opérationnel se présente. (Bien sûr du côté des guérillas, ce recours au matériel grand public ou civil est quasi obligatoire, et ce y compris pour les véhicules voire les armes (IED)).

12/ Puisqu'on a abordé le civil, la notion de gamme évoquée par Olivier Kempf est intéressante à plus d'un titre. Sans remonter au niveau le plus haut et le plus stratosphérique (gammes d'opérations voire de guerres), il peut être pertinent de se doter d'équipements permettant une différentiation de plusieurs niveaux de service qui n'ont pas les mêmes coûts ni la même efficacité. Au coeur d'un système, plus le couplage entre les éléments est lâche et les "échanges" entre eux sont standardisés, plus il est facile de remplacer un composant par un autre qui va remplir macrosopiquement a même fonction mais qui va le faire mieux, plus rapidement, plus précisément...et ainsi de jouer sur les niveaux de service et les gammes.

13/ En poussant encore plus loin le parallèle avec l'industrie, l'hyper rationalisation liée à la recherche du low cost a parfois des conséquences en sens contraire. Non seulement le low cost implique une standardisation de l'offre, qu'elle soit de base ou optionnelle (il gère très mal les exceptions), mais il peut rendre, même sans sacrifice sur la qualité, l'organisation "cassante" pour reprendre les termes de Robert Branche. Sans oublier que le low cost induit de fait de nombreuses externalités et coûts cachés qu'il s'agit de prendre en compte si l'on souhaite être rigoureux. Il faut savoir garder une marge de souplesse et de capacité d'improvisation...

14/ On présente parfois la lutte de David contre Goliath comme le parangon de l'asymétrie, le jeune berger ayant refusé l'épreuve de force brute en privilégiant la ruse et l'ingéniosité, pour pallier un déficit de puissance. J'y vois de façon plus large un des summums de la guerre conventionnelle (au sens premier de "convention", c'est-à-dire "accord"), chacun des deux camps ayant désigné un champion sur les épaules duquel repose l'issue de la bataille. En termes de coûts humains, une telle situation n'est pas loin de l'optimum (les connaisseurs objecteront certes que dans La Caste des Méta barons, le combat entre Tête d'acier et son père Aghnar se termine par le suicide collectif du camp du perdant).

15/ La guerre des robots peut se concevoir partiellement dans cette optique. Des éléments sacrifiables et largement autonomes peuvent, et pourront de plus en plus, remplir des fonctions ou missions et servir d'intermédiaires finalement peu coûteux (par rapport aux êtres humains). Mais la solution n'est que limitée dans le cas où seul un des camps est équipé. Quid de la guerre de l'image quand la bataille oppose ou semble opposer des hommes/femmes d'un côté et des Terminator de l'autre ? En parlant de ces robots plus ou moins autonomes et/ou pilotés depuis des stations terrestres ou navales, quid de l'abolition de l'arme aérienne en tant que composante indépendante ?

16/ La question des SMP, mais j'enfonce une porte ouverte, se place bien plus crucialement sur le terrain des images, du coût politique, que sur celui des capacités et des coûts financiers. Et on rejoint là la thématique du "coût invisible", puisque l'exposition des mercenaires est bien moindre que celle d'une armée conventionnelle.

17/ Finalement ces trois derniers points rejoignent la notion de proxy war. Ou quand il s'agit de faire faire la guerre par un tiers. Quitte à l'aider un peu, en l'armant (parfois malgré lui) ou en le conseillant (cf. à ce sujet Local, global et international : baisser le coût de la force par SD), voire en lui donnant une bonne raison de se battre. Sans nécessairement aller jusqu'aux proportions que cela a pu prendre durant la Guerre Froide, qui n'était pas un modèle de low cost.

dimanche 30 janvier 2011

Vous avez dit low cost ?

Il paraît que le thème du mois sur AGS, c’est « la guerre low cost ». Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Low-cost fait bien évidemment référence aux coûts, mais aux coûts pour qui ? Et par rapport à quoi ? Jouons un peu.
]Malheureusement, il n'est pas encore possible de rapporter la guerre en magasin.[


L’expression même de « guerre low cost » semble être un oxymore, la guerre est l’une des activités les plus coûteuses auquel un groupe d’humains puissent s’adonner : coût financier, coût humain, coût matériel. Voilà bien longtemps qu’il est connu que les gains à espérer d’une guerre sont passablement aléatoires. Comme l’a montré Clausewitz, la guerre a sa propre logique qu’aucun des joueurs ne peut maîtriser. Dans l’absolu, toute guerre doit aboutir à la montée aux extrêmes qui contraint chacun à faire l’effort maximal nécessaire pour vaincre quand bien même celui-ci aurait dépassé les seuils initialement prévus. Par ailleurs, la guerre est une affaire de hasard et de frictions imprévisibles qui rendent très difficile l’évaluation préalable des coûts. Combien d’États se sont lancés dans des guerres en pensant que ce serait une promenade ?

Pourtant les États n’ont pas cessés de trouver des moyens de faire la guerre à moindre coût. Et de la même manière que fort heureusement la guerre absolue n’arrive pas à notre porte tous les jours, les guerres peuvent garder un coût raisonnable pour celui qui en prend l’initiative ou pour le défenseur.

L’Afghanistan est un exemple de conflit low-cost sous deux aspects. Le premier aspect c’est évidemment le très faible coût des moyens utilisés par les Talibans pour combattre la coalition. L’équation financière est simple, il suffit de penser au prix d’une kalachnikov ou d’un IED et de le comparer au prix d’une heure de vol d’un avion de combat. C’est certain, les prix pratiqués par l’insurrection défient toute concurrence, et le rapport qualité-prix semble être tout à fait honorable : voilà 9 ans qu’une coalition des pays les plus riches de la planète est mise en échec en Afghanistan.

Mais cette première analyse est trompeuse. En valeur monétaire l’effort anti-coalition semble faible mais qu’en est-il relativement aux ressources du mouvement ? Dire qu’un IED ne coûte pratiquement rien n’a pas de véritable signification s’il n’est pas comparé aux ressources effectivement mobilisables. Il faut trouver des travailleurs spécialisés pour concevoir les fameuses IED, payer les soldats et remplacer les pertes considérables, protéger et souvent remplacer les chefs, corrompre les fonctionnaires locaux, assurer la logistique, le tout dans des conditions difficiles car l’ennemi honni ne fait pas de cadeau. L’enjeu est total pour l’insurgé qui joue dans la guerre son existence même et doit mobiliser l’ensemble de ses ressources humaines et économiques pour survivre. Vous avez dit low-cost ?

A l’inverse, nous pouvons nous plaindre amèrement du prix d’une heure de vol sur un Rafale, de l’entrainement des soldats et ainsi de suite, il n’en reste pas moins que l’effort que les États « occidentaux » assument pour leur armée est plus faible qu’à l’époque de la guerre froide et certainement même plus faible qu’à bien des époques. Songeons que si l’ État français existe c’est parce que les rois de France avaient besoin d’un État pour financer et équiper leur armée. Aujourd’hui, c’est l’éducation nationale qui nous coûte le plus cher, un résultat qui sur le plan historique est tout à fait nouveau. Jamais nos ressources n’ont été aussi importantes et jamais notre capacité à détruire n’a été aussi efficace et spectaculaire. La coalition déploie de l’ordre de 90 000 hommes en Afghanistan, à ce jour 1641 soldats ont été tué en Afghanistan, il n’est pas très agréable de penser en ces termes mais force est de constater que c’est finalement peu. Il y a 150 ans, on aurait été heureux que la moitié de l’armée ne succombe pas sous les coups d’une maladie tropicale.

La volonté sans ambiguïté des États de limiter leur engagement en Afghanistan semble faire de ce conflit une guerre, sinon low cost, au moins limitée. Il manque peut-être pour que le tableau soit parfait un état final recherché parfaitement claire mais est-ce vraiment possible au vue de la nature du conflit ? Depuis 2009, on a même un horizon temporel : 2011.

La guerre limitée suppose logiquement (autrement elle serait totale) une zone géographique bornée et des ressources en hommes, en argent et en temps proportionnées à l’enjeu. C’est ce que nous pratiquons depuis la fin de la guerre froide avec les interventions extérieurs. Cela ressemble à la guerre idéale : lointaine, politiquement peu risquée et peu coûteuse.

Pourtant, cette apparence est trompeuse. L’Afghanistan le montre aussi : en 2002 des Européens ont posé le pied en Afghanistan en pensant qu’ils s’engageaient dans une opération de maintien de la paix et de reconstruction; quelques années plus tard, c’est devenue une guerre. Comme quoi, finalement, les limites peuvent se dérober facilement. Vue sous cet angle, la guerre afghane semble avoir une fâcheuse tendance à sortir du cadre prévu.

Que tirer de tout cela ? Fort peu de chose, si ce n’est à nouveau ce souvenir de Clausewitz : il convient de déterminer dans quelle sorte de guerre on s’engage. Avant de céder à la tentation d’envoyer les hommes en verts régler le problème. Voilà quelque chose auquel il serait bon de penser très attentivement. Pour reprendre la métaphore économique, caveat emptor

Publié en février 2010.